À lire vos propos sur le site, on peut se demander si vous n'avez pas la grosse tête. Personne ne peut prouver l'inexistence de Dieu et vous seriez bien prétentieux de soutenir une telle affirmation.
Il est vrai que mon manque de références universitaires entraîne une grande méfiance. Mais je pense que le sujet est très particulier. Il est réputé dépasser les limites de la science et les scientifiques s'en désintéressent. Beaucoup de philosophes ont raisonné sur l'énigme de l'existence et certains sont allés très loin. Mais ils ont tous échoué pour une raison assez simple.
Pourquoi ont-ils échoué ?
La raison de l'échec est une notion erronée du temps. Thomas d'Aquin n'avait pas connaissance de la relativité restreinte et sa conclusion de la nécessité d'un premier moteur était due à cette ignorance de l'aspect relatif du temps. Pour Sartre, qui considérait le monde comme absurde, le raisonnement était très juste, mais il manquait sérieusement de méthode. Il aurait pu penser qu'en raison de l'absence de décideur, la fatalité du monde pouvait aussi bien être l'inverse du néant. Il est resté fidèle à ses intuitions humaines. C'est le cas de tous les scientifiques. C'est l'omniprésence de la sensation de déroulement temporel qui écarte le penseur de la réussite. Certains produisent de bons raisonnements mais évitent de conclure à l'inexistence de Dieu, comme Albert Jacquard dans "Dieu ?".
Comment pouvez-vous affirmer que les grands scientifiques et penseurs auraient une moins bonne approche du temps que vous ?
Le problème est plus délicat. Le scientifique ne philosophe pas et ses recherches se limitent à un domaine souvent restreint. Dans le cas de la perception du temps, je pense que le scientifique est rattrapé par son intuition humaine du temps dès qu'il sort de son domaine de recherche.
Et vous seriez capable de raisonner en vous libérant de cette notion du temps que vous jugez erronée ?
J'ai fait l'effort de raisonner en faisant abstraction de mes intuitions.
Où est l'erreur, selon vous ?
On la voit dans les propos d'un grand nombre de scientifiques qui vulgarisent leurs propos afin d'être compréhensibles. Ils énoncent alors des énormités comme : "l'univers est en expansion", "l'univers a eu un début", "l'univers a jailli d'une explosion primordiale".
L'univers est en réalité statique et immuable, puisqu'il contient le temps. C'est comme si on disait que le temps évoluait alors qu'il sert de repère dans l'évolution. On peut bien sûr objecter que l'univers, en tant qu'édifice en quatre dimensions, évolue bien globalement.
Je serais assez d'accord avec ça.
Sauf que cette évolution se fait bien par rapport à un repère. Sans repère et sans valeur dans ce repère, on ne peut détecter d'évolution. On constate que l'espace s'étend en volume par rapport au repère temporel. Mais comme l'univers contient l'axe temporel, son expansion éventuelle ne peut être évaluée qu'en utilisant un repère extérieur à lui. Et une expansion n'a de sens que dans une succession de mesures. La succession des états de l'univers s'inscrit obligatoirement dans une échelle temporelle. Si vous vous déplacez sur un parcours borné, on pourra mesurer votre déplacement, mais si le parcours borné fait partie de vous, comment mesurer le déplacement ?. Parler d'une expansion de l'univers présuppose qu'il existe quelque chose d'extérieur à l'univers, et c'est ce que je déments.
Pouvez-vous, sans relire votre livre, nous donner rapidement votre raisonnement sur l'origine de l'univers ?
C'est la notion intuitive de temps absolu qui fait échouer tout raisonnement. Le temps rend impossible la création, parce qu'il introduit une suite infinie de causes et de conséquences dont on ne peut se sortir. Dans les fameuses preuves de l'existence de Dieu par Thomas d'Aquin, celle du premier moteur est la plus judicieuse : "il doit y avoir un premier moteur au monde, sinon, une suite infinie de causes ne pourrait mener jusqu'à nous". Et il avait raison. Une infinité de causes successives, entraînant chacune un effet qui constitue la cause de l'effet suivant, nous plonge dans une séquence infinie, sans début ni fin. Il fallait donc résoudre le problème en introduisant le premier moteur, la cause sans cause. Mais là, nous étions dans un nouveau cas impossible : ce premier moteur devait surgir de rien, du néant, ou être éternel. Ainsi, le premier moteur, appelé Dieu, bénéficie de qualités infinies et d'absence de cause alors qu'on le refuse à l'univers. Dieu, en tant qu'être éternel, est une succession infinie de présences.
Le véritable problème, et Thomas d'Aquin n'y a pas pensé, c'est le temps. Le temps est à l'origine de la suite infinie de causes successives. Le temps absolu, dont la pensée humaine ne parvient pas à se soustraire, est une suite infinie d'instants qui se succèdent. C'est donc le temps qui rend le problème insoluble.
J'ai donc résolu l'énigme en supprimant le temps.
Alors le temps n'existerait pas !
Le temps absolu n'existe pas en tant qu'entité réelle. C'est un concept qui représente une succession infinie et sans interruption de réalités qui surgiraient du néant pour retourner dans le néant. Ce temps absolu, infini, est une absurdité. Il rend de toute façon impossible la création de l'univers, car tout évènement significatif mettrait un temps infini pour se produire, donc ne se produirait jamais. Parménide l'avait reconnu en considérant que l'être, pour exister, devait être unique et immuable. Il reconnaissait que toute création impliquait le passage du néant à quelque chose. Quant au temps cosmique, les scientifiques reconnaissent qu'il est une dimension de notre espace-temps. Dans mon livre, je démontre que cette dimension est en fait spatiale, et que notre espace-temps est en fait un hyperespace. C'est l'absence de temps qui rend crédible ma théorie de l'existence.
Admettons que vous ayez raison. Quels changements la lecture de votre livre, s'il trouvait un essor important, entraînerait-elle ?
Le livre traite surtout, en développant des raisonnements, de la calamité qu'a représenté pour l'humanité le fait religieux. Notre niveau de connaissance scientifique permet, maintenant, de se débarrasser des croyances irrationnelles et d'atteindre une ère de science et de paix. L'idéologie religieuse est encore présente partout. Les gouvernements qui évitent de légiférer sur l'euthanasie, protègent les criminels par humanisme, recherchent l'apaisement entre confessions, le font par culture chrétienne. La laïcité, réputée écarter le pouvoir religieux des affaires publiques, est devenue une garantie de pouvoir exercer son culte sans entrave. Le religieux reste sacralisé, au point que les croyants en sont devenus une population intouchable, inattaquable, à ménager absolument. La situation de ce faux respect de plus en plus institutionnalisé s'est aggravée avec l'immigration des populations musulmanes.
Ce que je souhaite, c'est la désacralisation du religieux, l'enseignement objectif du fait religieux à l'école publique, la suppression de toute possibilité d'enseignement religieux et de propagande religieuse. J'y vais jusqu'à demander la suppression des cultes et des institutions.
N'est-ce pas une marque d'intolérance ?
On fait la même chose avec le néonazisme, la pédophilie, la polygamie. Je considère le discours religieux comme un appel à la confiance aveugle et un instrument d'infantilisation des hommes. L'interprétation religieuse du monde est une insulte à l'intelligence. L'enseignement religieux aux jeunes enfants est comparable à une sorte de maltraitance.
Oui, mais les fidèles ne font aucun mal en se rendant à la messe et en priant. On a tout de même le droit de croire.
On peut croire et prier sans aller à l'église. Le fait de s'abrutir en écoutant des discours ineptes représente un danger pour la société, et un obstacle à la démocratie. Un électeur doit avoir une vision cohérente de la réalité. Il ne doit pas croire en des histoires dignes des mythologies antiques. L'exercice du culte abêtit. Il diminue la capacité à raisonner, à décoder les pièges des discours politiques. Le fidèle est infantile. Il fait confiance. Il est capable d'adhérer à n'importe quelle idée, dès le moment où elle vient d'une autorité divinement assermentée. L'homme doit évoluer et devenir responsable. C'est ainsi que la démocratie sera efficace.
Pour ce qui est de la croyance, elle peut également présenter un danger. Un fidèle dont l'imagination produit un message qu'il croit recevoir de Dieu est un homme dangereux.
Vous oubliez l'espoir que représente la certitude de survivre à la mort.
L'espoir, ou le désir de ne jamais mourir touche l'enfant de cinq ans, lorsque celui-ci prend connaissance qu'il ne restera pas toujours un enfant. Il se lamente alors de se savoir voué à vieillir et à disparaître un jour. Mais en grandissant, la mort lui semble lointaine, puis il commence à vieillir et la mort ne devrait plus lui faire peur. Comme l'a écrit Mark Twain, ce qui succède à la vie est comme ce qui la précède. Notre conscience est nulle pendant une grande partie de notre sommeil. L'espoir ne concerne probablement que le désir de revoir les personnes qu'on a perdues. Il faut malheureusement accepter l'absence d'une personne qui nous manque, car nous n'avons pas d'alternative. Il faut faire vivre la personne en pensées durant notre vie et savoir qu'après la vie, cette sensation douloureuse de manque aura disparue.
Vous semblez très armé moralement et appelez chacun a se sentir aussi fort que vous. Mais ne savez-vous pas que bien des gens ressentent un apaisement en participant au culte dans un lieu sanctifié qui emplit leurs âmes ?
J'ai ressenti moi-même ces sensations et je conçois que la mise en scène des cultes agit sur le fidèle. Celui-ci se sent tout blanc et pur en sortant de la messe. Il est plein de bonnes résolutions, lavé de ses péchés et confiant dans la bonté de la nature humaine. Mais il va très vite reprendre contact avec la vraie vie et constater que rien ne change, que les ingrats restent ingrats, que les égoïstes restent égoïstes, et que les malfaisances continuent. Et puis écouter des discours ineptes et chanter des chansons dépourvues de sens procure plutôt un sentiment de honte. Il y a nécessairement une sensation de malaise pour toute personne cultivée et consciente des réalités.