Dieu et l'impossible création - Les étapes

Les influences

J'ai écrit ce livre par dépit. En effet, je ne suis ni un écrivain, ni un philosophe, ni un scientifique. Je suis simplement passionné par les grandes questions philosophiques et j'aime surtout réfléchir et raisonner, trouver des solutions. C'est le manque de conviction des arguments contre l'existence de Dieu de la littérature philosophique et scientifique et les prétentions de la littérature créationniste qui m'ont poussé à me mêler à la confrontation intellectuelle.

La question de l'existence de Dieu fut un sujet qui partagea ma famille. Chez mon grand-père, Louis Leroyer, les discussions sur le sujet étaient fréquentes et acharnées. Louis était un libre-penseur, humble bien que pourvu de grandes qualités et désireux de briller dans son environnement par son intelligence, sa générosité et sa force de travail. Il était capable de s'adapter à tout interlocuteur et de discuter avec aplomb, respect et désir d'entente mutuelle. Mais toute discussion sur Dieu avec un croyant l'exaspérait. Il n'acceptait pas le langage dogmatique du croyant qui affirme tout un tas de définitions sans besoin de preuve ni même de vraisemblance tout en en exigeant le respect. Par contre, les discussions philosophiques sur la crédibilité des textes sacrés et sur la plausible existence de cette entité suprême l'intéressaient.

Sa soeur aînée, Germaine, était très respectueuse de l'institution religieuse. Elle était une femme pieuse, lectrice des textes bibliques et évangéliques, abonnée à des revues chrétiennes et auditrice assidue des messes locales. Certaines phrases de Germaine restaient sans signification, et son insistance provoquait souvent la risée. Ses neveux et nièces se plaisaient à la brancher sur des sujets comme la sexualité et la liberté des moeurs, car sa pruderie dépassait toute mesure. Son humeur pouvait passer d'une gentillesse exagérée à une fureur incontrôlée, occasionnée par des futilités liées à quelque comportement non conforme à la morale chrétienne. À mesure que je grandissais, le comportement et les dires de ma tante Germaine devenaient de plus en plus décalés de la réalité. Son constant rabâchage sur le devoir d'amour et de bonté qu'il fallait prodiguer autour de soi perdait progressivement de son sens.

Tout d'abord fortement influencé par ma tante Germaine, mes convictions subissaient de forts vacillements en présence des discussions familiales qui opposaient le frère et la soeur. Mon grand-père comblait ma curiosité par sa capacité de discussion et sa patience. Son intelligence me fascinait. Je me souviens de cette discussion, beaucoup plus tard, sur l'énigme, réputée insoluble, de l'apparition primordiale de l'oeuf ou de la poule, qu'il avait résolue facilement, simplement parce qu'il avait réfléchi et analysé le problème avec objectivité et esprit de déduction. C'était à lui que je voulais ressembler, à cet homme capable de rester debout quand tous les autres s'agenouillent. La morale chrétienne du pardon et de la soumission ne correspondait pas à l'image que je comptais me construire. Je préférais devenir fort et courageux que faible et lâche.

L'idée

Tout d'abord, mon expérience de la programmation informatique m'a poussé à réfléchir sur le libre-arbitre humain. Jusque là, il m'avait toujours semblé qu'une machine ne pouvait égaler l'homme dans son comportement. Celui-ci était en fait libre, à la différence de la machine qui est programmée et réagit à des instructions. J'étais donc dualiste, comme la majorité des êtres humains, qu'ils soient croyants ou non. Mais en comparant l'homme à un ordinateur sophistiqué, j'ai constaté que rien ne manquait pour que l'homme soit réellement une machine. Le cerveau représente le processeur et la mémoire, les organes moteurs et les organes sensoriels sont des périphériques qui répondent à des ordres issus de traitements d'informations faisant intervenir la mémoire et les données sensitives. La question était entendue. Je m'étais débarrassé du besoin d'existence d'une âme externe. J'étais devenu moniste.

J'écrivis alors un texte sur le fonctionnement de la conscience afin de convaincre mon fils.

Par la suite, je m'évertuai à mesurer le volume de l'univers afin de le comparer au volume de la Terre. Puis j'écrivis mes résultats.

La question de l'existence de Dieu vint alors à nouveau à m'intéresser. Que Dieu n'existe pas était pour moi entendu, mais je n'avais pas la possibilité de le prouver. Je tentai donc de démontrer son inexistence. La découverte de l'argument tueur me vint d'un seul coup. Sa formulation évolua progressivement et évolue encore, car il existe un grand nombre de méthodes d'argumentation et les idées n'arrivent pas toutes en même temps. J'ai donc résolu le paradoxe du temps et celui du principe anthropique cosmologique.

Une fois la découverte faite et ma certitude installée, j'étais quelque peu impressionné. Je commençai alors à chercher cette argumentation dans les livres et sites internet traitant du sujet. Pendant un temps, je ne trouvai rien. Je pensai être le seul être humain à pouvoir prouver l'inexistence de Dieu, qui correspondait, disons-le tout de suite, à l'impossibilité d'une création de l'univers. En prolongeant mon idée, j'en vins à expliquer l'origine du monde, ou plutôt son absence d'origine. Je réussissais là où tous les élites, et depuis la nuit des temps, échouaient. Dans les livres traitant du sujet, je ne trouvai aucun argument capable de me concurrencer. Les philosophes athées sont nuls en cosmologie. David Mills, dans « Atheism universe », se montre bien médiocre. Les frères Bogdanoff, dans « Avant le Big Bang », s'évertuent à chercher un événement antérieur au début du temps et inventent un temps imaginaire, mathématique, constituant une cinquième dimension de l'univers. Richard Dawkins, dans « The God Delusion », n'aborde l'inexistence de Dieu que sous l'angle de l'évolution en considérant l'aspect hautement improbable de l'émergence d'une entité capable de créer l'univers. Michel Onfray, dans "Traité d'athéologie", ne parle que du dieu des religions. André Comte-Sponville, dans "L'esprit de l'athéisme", définit de manière dogmatique la question de l'inexistence de Dieu comme indécidable. Pierre-Yves Morvan, dans son livre humoristique "Dieu est-il un gaucher qui joue aux dés", pose les bonnes questions sur le temps, mais n'y répond pas.

Il fallait décidément écrire un livre afin de graver mes idées. Comme la littérature athéiste était bien faiblarde face à la grosse artillerie créationniste, j'allais pouvoir soulager cette frustration avec le plaisir de pouvoir lire enfin une argumentation solide menant à la certitude que Dieu n'existe pas. J'avais aussi bien d'autres idées à présenter dans l'interprétation des textes sacrés, l'attitude des politiques à l'égard des religions, le problème de l'islam, la laïcité, l'humanisme, et je voulais aussi évaluer l'importance de l'homme dans l'univers. J'allais pouvoir permettre aux intellectuels de ma famille de connaître précisément ma conception du monde et de la religion.

Je décidai donc de rédiger un essai philosophique. Entre-temps, mes recherches furent fructueuses. Plusieurs scientifiques avaient déjà avancé l'argument tueur, mais s'étaient bien gardé de presser la détente. Je trouvai même cet argument dans un livre écrit par un déiste (la mélodie secrète, de Trinh Xuan Tuan). Par contre, personne ne semblait accorder de crédit à cet argument tueur de divinité, et personne n'en déduisait l'inexistence de Dieu. Même sur quelques versions de Wikipedia, l'argument était discrètement et passablement formulé. Le livre devenait donc une nécessité. Il fallait annoncer au monde cette découverte majeure dans l'histoire de la philosophie.

La réalisation

L'écriture globale fut rapide, car la motivation était grande et l'exercice était passionnant. Mais agencer des textes écrits à diverses périodes faisait apparaître des redondances en abondance. J'avais aussi bien du mal à me décider sur le chapitrage. Le texte global fut remanié de fond en comble à maintes reprises. J'ignorais d'ailleurs quel devait être le véritable message du livre. J'hésitais entre la promotion de l'athéisme et la thèse sur la réalité d'un monde sans intention ni arbitrage. Une fois le livre terminé, la recherche du titre me posa bien des problèmes. Une quarantaine de titres étaient envisagés et je m'étais fixé sur un titre assez vague (la transcendance démystifiée). C'est l'éditeur qui trancha finalement.

Je n'avais aucune connaissance du monde de l'édition. J'étais bien informé que les prétentions de ce livre feraient très mauvais effet aux yeux des grandes maisons d'édition, intéressées avant tout par la réussite commerciale, et donc peu enclines à faire confiance à un auteur autodidacte, sans références scientifiques ou philosophiques et sans notoriété. Plusieurs possibilités se présentaient :

Après m'être accordé avec ma famille proche, je me décidai à envoyer des manuscrits à huit maisons d'édition, dont quatre étaient prestigieuses. Les grandes maisons ont toutes refusé pour des raisons obscures liées à une inadéquation avec la ligne éditoriale. Je ne pense pas qu'elles ont lu le livre, en tout cas pas jusqu'au bout. Les quatre autres ont accepté, certaines avec un certain enthousiasme.